Le Vietnam classé #6 dans l'indice mondial d'adoption de la crypto : entre adoption populaire et restrictions strictes

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Le Vietnam classé #6 dans l'indice mondial d'adoption de la crypto : entre adoption populaire et restrictions strictes

Le Vietnam figure en #6 sur la liste mondiale des pays avec la plus forte adoption de cryptomonnaies, selon l’indice 2025 de Chainalysis. Ce classement, ajusté à la population, place le pays devant la Thaïlande, l’Indonésie et même l’Inde en termes de participation individuelle. Pourtant, derrière ce chiffre impressionnant se cache un paradoxe : le Vietnam a interdit les stablecoins, limité les échanges aux entreprises locales, et imposé des exigences financières si élevées que les plateformes légitimes n’ont pas encore pu se lancer.

Une adoption massive malgré les interdictions

Près de 17 millions de Vietnamiens - soit 17,2 % de la population - utilisent régulièrement des cryptomonnaies. Chaque année, plus de 100 milliards de dollars en transactions sont effectués, principalement via des plateformes offshore comme Binance P2P, Bybit ou OKX. Ce n’est pas un phénomène de niche : c’est une pratique de masse. Les jeunes, entre 18 et 35 ans, représentent 68 % des utilisateurs. Beaucoup ont un diplôme universitaire et gagnent entre 15 et 40 millions de VND par mois (environ 570 à 1 500 dollars). Ils ne se contentent pas de spéculer : 74 % utilisent les cryptos pour envoyer de l’argent à leur famille à l’étranger, et 41 % les paient pour acheter sur Shopee ou d’autres plateformes de e-commerce.

Le coût des transferts traditionnels - jusqu’à 6,8 % - est insoutenable pour les travailleurs expatriés. Avec les cryptos, les frais tombent à 1,2 % en moyenne. Un gain énorme. Mais ici, le problème n’est pas la demande. Il est dans l’offre légale.

Des règles qui étouffent l’innovation

En juin 2025, la Banque d’État du Vietnam (SBV) a légalisé les cryptomonnaies… mais avec des conditions presque impossibles à remplir. Seules les entreprises vietnamiennes peuvent émettre des actifs numériques, et elles doivent les garantir avec des biens physiques réels - pas avec des dollars, pas avec des obligations. Les stablecoins, ces monnaies numériques liées au dollar ou à l’euro, sont totalement interdits. Pourquoi ? Parce que la SBV craint que ces actifs ne déstabilisent le dong ou ne facilitent la fuite de capitaux.

Les fournisseurs de services crypto (CASP) doivent détenir un capital minimum de 10 000 milliards de VND - soit 379 millions de dollars américains. Pour une start-up ? C’est une somme équivalente au budget annuel d’un petit pays. Résultat : aucun candidat n’a déposé de demande pour le « sandbox » réglementaire lancé en septembre 2025. Pas une seule entreprise n’a osé tenter sa chance.

Les grandes banques nationales, comme Vietcombank ou BIDV, pourraient le faire. Mais elles n’ont aucun intérêt à entrer dans un système où chaque transaction doit être surveillée en temps réel, où les systèmes doivent traiter 5 000 opérations par seconde, et où la conformité prend en moyenne 11 mois et coûte 2,8 millions de dollars.

Contraste entre une régulation oppressante et un transfert d'argent numérique libre et lumineux.

Le marché noir de la crypto

Avec l’offre légale inexistante, les Vietnamiens ont créé leur propre système. 87 % des transactions se font sur des plateformes étrangères, en P2P. Les utilisateurs achètent des USDT avec leur dong, puis les échangent contre d’autres cryptos. Mais ce système est fragile. Les prix flambent : les premiums sur Binance P2P atteignent parfois 3 à 5 %, car les vendeurs prennent un risque. Les vérifications d’identité sont lentes, les limites de retrait arbitraires. Sur Trustpilot, les avis sur Binance Vietnam sont à 3,2/5, avec 68 % de critiques négatives. Les gens se plaignent du temps de traitement, des frais cachés, des comptes bloqués.

Et le pire ? 92 % de l’activité crypto au Vietnam est totalement hors du système officiel. L’FMI a mis en garde : cette masse de transactions non traçables représente un risque sérieux pour l’intégrité financière du pays. Il n’y a pas de contrôle anti-blanchiment, pas de reporting fiscal, pas de suivi des flux. Ce n’est pas une économie parallèle - c’est une économie invisible.

Un modèle à contre-courant de la région

Comparez avec la Thaïlande ou les Philippines. La Thaïlande autorise les stablecoins régulés, et a déjà enregistré 4,2 milliards de dollars en transactions sur des plateformes locales depuis 2024. Les Philippines ont lancé GCrypto, intégré à GCash - une application de paiement utilisée par 8,7 millions de personnes. Là-bas, les gens envoient de l’argent, paient leurs factures, ou achètent en ligne avec des cryptos, en toute légalité.

Le Vietnam, lui, refuse ce chemin. Son gouvernement veut contrôler, pas faciliter. Il veut que les gens utilisent la crypto, mais seulement si c’est lui qui en décide les règles. C’est comme autoriser les voitures… mais interdire les carburants. Le résultat ? Les gens continuent de rouler, mais avec de l’essence volée.

Bataille symbolique entre la banque centrale et les citoyens utilisant les cryptomonnaies pour contourner les interdictions.

La pression monte

Les experts sont divisés. Sarah Liu, économiste chez Chainalysis, dit que l’adoption populaire montre une demande réelle, mais que l’absence d’acteurs institutionnels limite la croissance durable. Le professeur Nguyen Van Anh, de l’université de technologie de Ho Chi Minh Ville, affirme que les exigences de capital sont conçues pour protéger les grandes entreprises d’État - pas pour encourager l’innovation.

Le vice-gouverneur de la SBV, Pham Thanh Ha, défend la stratégie : « Nous privilégions la stabilité financière. » Mais cette stabilité coûte cher. Les jeunes Vietnamiens qui veulent envoyer de l’argent à leur mère au Cambodge, ou acheter un NFT sur OpenSea, ne voient pas la « stabilité ». Ils voient des frais élevés, des délais interminables, et des interdictions arbitraires.

Et maintenant ?

Le gouvernement a annoncé un projet de taxe sur les transactions crypto : 2 % de TVA et 0,1 % de taxe sur chaque échange. C’est un pas vers la reconnaissance officielle. Mais sans stablecoins, sans plateformes locales, sans accès facile, cette taxe ne servira qu’à taxer le marché noir - pas à le réguler.

La Banque d’État teste actuellement un « digital đồng », une monnaie numérique nationale. Si elle est reliée à des plateformes crypto, cela pourrait changer la donne. Mais pour l’instant, c’est un projet à l’état d’idée. Et les gens, eux, ne peuvent pas attendre.

Le Vietnam a le potentiel d’être un leader mondial de la crypto. Il a la population jeune, connectée, et motivée. Il a les infrastructures numériques. Ce qui lui manque, c’est une politique intelligente. Pas une politique de contrôle. Une politique qui permet à l’innovation de s’exprimer - sans risque pour le système.

Si les règles changent d’ici 2026, le Vietnam pourrait grimper jusqu’au #4 mondial. Mais s’il continue sur sa voie, il risque de devenir un exemple de ce qu’il ne faut pas faire : une nation qui adopte la crypto… mais qui refuse de la comprendre.

Pourquoi le Vietnam est-il classé #6 alors qu’il interdit les stablecoins ?

Le classement #6 de l’indice Chainalysis mesure l’adoption par la population, pas la régulation. Même avec des interdictions, les Vietnamiens utilisent massivement les cryptos pour les transferts internationaux, les achats en ligne et la spéculation. La demande est si forte qu’elle contourne les lois. Le classement reflète l’usage réel, pas la légalité.

Pourquoi les entreprises ne veulent-elles pas devenir fournisseurs de services crypto au Vietnam ?

Les exigences sont trop lourdes : un capital minimum de 379 millions de dollars, des systèmes de surveillance en temps réel capables de traiter 5 000 transactions par seconde, et 14 certifications administratives différentes. Le temps moyen pour être conforme est de 11,3 mois, avec un coût de 2,8 millions de dollars. Seules les entreprises d’État pourraient le faire - et elles n’en ont pas envie.

Les Vietnamiens utilisent-ils vraiment les cryptos pour les transferts d’argent ?

Oui. 74 % des utilisateurs déclarent les utiliser pour envoyer de l’argent à l’étranger. Les frais moyens sont de 1,2 %, contre 6,8 % avec les services traditionnels comme Western Union. Avec 19,2 milliards de dollars de transferts en 2024, la crypto pourrait capturer jusqu’à 20 % de ce marché - si les stablecoins étaient autorisés.

Quelle est la différence entre le Vietnam et Singapour en matière de crypto ?

Singapour autorise les stablecoins régulés, les entreprises étrangères, et les plateformes institutionnelles. Le résultat ? 49 % de l’activité crypto est institutionnelle. Au Vietnam, c’est 17 %. Singapour favorise l’innovation avec des règles claires. Le Vietnam limite l’innovation avec des règles strictes - et obtient une adoption informelle.

Le Vietnam va-t-il autoriser les stablecoins à l’avenir ?

Pour l’instant, non. La Banque d’État du Vietnam considère les stablecoins comme une menace pour la monnaie nationale. Mais avec la pression croissante des utilisateurs et la concurrence régionale, des discussions internes sont en cours. Une modification est possible d’ici 2027, mais seulement si elle est accompagnée de contrôles stricts et d’un système de surveillance national.

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5 Commentaires

  • guillaume ouint
    guillaume ouint dit:
    janvier 30, 2026 at 12:18
    C’est fou comme les gens trouvent toujours un moyen de contourner les lois... Le Vietnam est un peu comme une mère qui interdit les bonbons mais qui voit son gosse les manger en cachette. 😅
  • Laurent Nauleau
    Laurent Nauleau dit:
    janvier 31, 2026 at 23:25
    C’est clair que c’est une manipulation de l’indice. Chainalysis ne mesure que la consommation, pas la légalité. C’est comme dire que la Russie est leader en crypto parce que tout le monde utilise Phantom et Tornado Cash... C’est du bidon. 🤡
  • Mathieu Godart
    Mathieu Godart dit:
    février 1, 2026 at 08:49
    74% pour les transferts familiaux ? C’est la vraie histoire là. Les gens n’ont pas choisi la crypto pour spéculer, mais pour survivre. Le gouvernement devrait voir ça comme une opportunité, pas une menace.
  • Clemence Racle
    Clemence Racle dit:
    février 2, 2026 at 08:39
    Je trouve ça incroyablement inspirant qu’une génération entière ait créé son propre système financier. Sans autorisation. Sans soutien. Juste avec un téléphone et du courage. 💪
  • valentin ciochir
    valentin ciochir dit:
    février 2, 2026 at 18:35
    Le truc qui me déchire, c’est que les banques vietnamiennes pourraient le faire… mais elles préfèrent rester à leur bureau à boire du café et attendre que quelqu’un d’autre prenne le risque. Le système est cassé par la peur, pas par la loi.

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