Vous avez entendu dire que fournir de la liquidité en DeFi peut rapporter des frais de trading attrayants. Mais qu’en est-il de la perte impermanente ? Est-ce que ces frais compensent vraiment le risque ? Beaucoup de nouveaux fournisseurs de liquidité se font piéger en pensant que les récompenses élevées signifient des profits garantis. Ce n’est pas vrai. La perte impermanente peut effacer des semaines, voire des mois, de revenus en quelques heures si le prix d’un actif bouge trop vite.
Qu’est-ce que la perte impermanente, vraiment ?
La perte impermanente n’est pas une perte réelle - du moins, pas tant que vous ne retirez pas votre liquidité. C’est une différence entre ce que vous auriez eu si vous aviez simplement tenu vos actifs dans votre portefeuille, et ce que vous avez dans le pool de liquidité après un changement de prix. Imaginez que vous déposez 1 ETH et 2 000 USDC dans un pool 50/50. Au moment du dépôt, 1 ETH vaut 2 000 USDC. Ensuite, l’ETH monte à 4 000 USDC. Vous vous dites : « Super, j’ai gagné ! » Mais attention. Le pool doit maintenir un équilibre constant : x * y = k. Pour que le prix de l’ETH dans le pool suive le marché, les arbitragistes vont acheter de l’ETH dans le pool, ce qui réduit votre quantité d’ETH et augmente votre quantité d’USDC. À la fin, vous avez moins d’ETH et plus d’USDC, mais la valeur totale de votre part du pool est inférieure à ce que vous auriez eu si vous aviez simplement gardé vos 1 ETH et 2 000 USDC dans votre portefeuille.
Le calcul est simple : si le prix d’un actif double (x2), la perte impermanente est de 5,7 %. Si le prix triple (x3), elle atteint 13,4 %. À x4, elle dépasse 20 %. Et ce n’est pas une hypothèse théorique. En 2025, des pools comme ETH/USDC ont vu des mouvements de 3x en moins de 15 jours - beaucoup de fournisseurs ont perdu plus qu’ils n’ont gagné en frais.
Comment les frais de trading fonctionnent-ils ?
Chaque fois qu’un trader échange des tokens dans un pool, une petite commission est prélevée - et cette commission est répartie entre les fournisseurs de liquidité. Les taux varient selon les protocoles et les paires :
- Paires stables (USDC/USDT) : 0,05 % à 0,30 %
- Paires volatiles (ETH/USDC) : 0,30 %
- Paires exotiques (nouveaux tokens) : jusqu’à 1,00 %
Le problème ? Ces frais ne s’accumulent pas comme un intérêt fixe. Ils dépendent entièrement du volume de trading. Un pool avec 1 million de dollars de liquidité et 50 000 dollars de volume quotidien génère beaucoup plus de frais qu’un pool avec le même montant de liquidité mais seulement 2 000 dollars de volume par jour. En 2025, les meilleurs pools ont atteint des rendements annuels de 20 % à 25 %, mais seulement parce qu’ils avaient un volume élevé. La plupart des pools, surtout les nouveaux, tournent à moins de 5 %.
Quand les frais compensent-ils la perte impermanente ?
Voici le point crucial : la perte impermanente n’est payée que si les frais sont suffisants pour la couvrir. Pour un pool standard 50/50 avec 0,3 % de frais, voici ce qu’il faut :
- Un mouvement de prix de 50 % (x1,5) = 2 % de perte impermanente. Il faut environ 1 200 $ de volume pour 1 000 $ de liquidité pour équilibrer.
- Un mouvement de 100 % (x2) = 5,7 % de perte. Il faut 3 500 $ de volume pour 1 000 $ de liquidité.
- Un mouvement de 200 % (x3) = 13,4 % de perte. Il faut plus de 7 000 $ de volume - ce qui est rare sauf lors de fortes tendances.
Les paires stables, elles, sont un cas différent. Même avec une variation de 10 %, la perte impermanente est inférieure à 0,5 %. Mais les frais sont aussi bas - entre 0,5 % et 3 % d’APY. Donc, même si vous ne perdez rien, vous ne gagnez pas non plus beaucoup. Ce n’est pas une stratégie pour s’enrichir. C’est une stratégie pour protéger son capital tout en gagnant un peu.
Les pièges des paires volatiles
Les nouveaux tokens, les memecoins, les projets à forte récompense : ils attirent les fournisseurs avec des taux de frais de 1 % et des récompenses en tokens supplémentaires. Mais ce sont les plus dangereux. En 2025, un fournisseur a déposé 5 000 $ dans un nouveau token/ETH avec 1 % de frais. Le token a grimpé de 5x en deux semaines, puis est tombé de 80 %. La perte impermanente : 22 %. Les frais gagnés : 300 $. Résultat net : une perte de 1 800 $. Ce n’est pas un cas isolé. Selon MEXC Research, plus de 54,7 % des fournisseurs de liquidité dans les paires volatiles sur Uniswap V3 ont perdu de l’argent en 2025, non pas à cause des frais, mais à cause de la perte impermanente non compensée.
Le piège ? Les récompenses en tokens (« yield farming ») donnent l’illusion d’un profit. Mais si le token que vous recevez en récompense perd 70 % de sa valeur, vous perdez deux fois : une fois sur la perte impermanente, une fois sur la dépréciation du token récompense.
Uniswap V3 : un outil puissant… ou un piège
Uniswap V3 a changé la donne en permettant aux fournisseurs de concentrer leur liquidité dans une plage de prix étroite. Cela peut multiplier les frais gagnés jusqu’à 10 fois par dollar déposé. Mais il y a un inconvénient majeur : si le prix sort de votre plage, toute votre liquidité devient inactive. Et si le prix bouge trop vite, vous êtes exposé à une perte impermanente massive sans même pouvoir réagir.
En 2025, plus de la moitié des fournisseurs sur V3 qui ont choisi des plages larges ou mal définies ont vu leur perte impermanente dépasser leurs frais. Ce n’est pas une stratégie pour les débutants. C’est un outil pour ceux qui surveillent les prix en temps réel, qui ajustent leurs plages chaque semaine, et qui savent quand retirer avant une forte volatilité.
Les bonnes stratégies en 2026
Les fournisseurs qui gagnent vraiment en 2026 ont adopté trois règles simples :
- Privilégiez les paires stables si vous voulez un rendement sûr. USDC/USDT, DAI/USDC : la perte impermanente est négligeable, les frais sont stables, et vous évitez les chocs.
- Ne fournissez de liquidité que dans les paires à fort volume. Si le volume quotidien est inférieur à 5 % de la taille du pool, les frais ne compenseront jamais la perte impermanente, même avec un petit mouvement.
- Utilisez des calculateurs de perte impermanente. Outils comme Zapper.fi, TokenSight ou même le calculateur intégré à Uniswap vous montrent en temps réel : « Si l’ETH monte de 30 %, vous perdrez 2,1 % - et avec le volume actuel, vous gagnerez 1,8 % en frais. Donc, vous êtes en perte. »
Les meilleurs fournisseurs ne cherchent pas à maximiser les récompenses. Ils cherchent à minimiser les risques. Ils savent que la perte impermanente n’est pas un « bug » - c’est une loi mathématique. Et comme toute loi, il faut la respecter.
Les nouvelles protections contre la perte impermanente
Le marché a réagi. En 2025, 87 % des nouveaux protocoles DeFi ont intégré des mécanismes de protection contre la perte impermanente. Bancor permet de fournir de la liquidité avec un seul actif - ce qui élimine complètement la perte impermanente. KyberSwap ajuste automatiquement les frais en fonction de la volatilité. Et Chainlink a lancé des produits dérivés qui assurent les pertes impermanentes pour les grands fournisseurs - plus de 8,3 milliards de dollars ont été protégés en 2025.
Uniswap V4, prévu pour 2026, va plus loin : il introduit des « pools d’assurance » financés par les frais du protocole. Si vous fournissez de la liquidité dans certaines conditions, jusqu’à 50 % de votre perte impermanente peut être remboursée. Ce n’est pas une garantie, mais c’est un pas majeur vers une fourniture de liquidité plus sûre.
Que faire en 2026 ?
Si vous êtes débutant : commencez avec des paires stables. Ne vous laissez pas tenter par les récompenses en tokens. Vous n’êtes pas un trader. Vous êtes un fournisseur de liquidité. Votre objectif n’est pas de spéculer - c’est de gagner des frais sans perdre votre capital.
Si vous êtes expérimenté : utilisez Uniswap V3, mais avec des plages étroites et une surveillance active. Ne fournissez pas de liquidité dans un pool dont le volume est inférieur à 1 % de sa taille. Et surtout, retirez avant les grosses vagues de volatilité. Pendant les crashs comme celui de mars 2025, même les meilleurs pools ont vu leur perte impermanente dépasser les frais pendant plus d’un mois.
La fourniture de liquidité n’est pas une source de revenus passive. C’est une activité active. Elle demande de la discipline, de la surveillance, et une compréhension claire des mathématiques sous-jacentes. Ceux qui pensent que c’est « de l’argent facile » perdent. Ceux qui comprennent la perte impermanente et la comparent aux frais gagnés - ils gagnent.
La perte impermanente devient-elle permanente ?
Oui, seulement si vous retirez votre liquidité après qu’un prix a changé. Tant que vous gardez votre position, la perte est « impermanente » - elle peut être compensée par des frais futurs. Mais dès que vous retirez, la différence entre votre valeur dans le pool et ce que vous auriez eu en tenant les actifs devient réelle. C’est là que la perte devient permanente.
Les paires stables ont-elles une perte impermanente ?
Oui, mais elle est très faible. Même avec une variation de 10 % entre deux stablecoins (ex. USDC et USDT), la perte est de moins de 0,5 %. C’est pourquoi les fournisseurs expérimentés préfèrent ces paires pour des rendements stables et prévisibles. Elles ne rapportent pas 20 %, mais elles ne vous ruinent pas non plus.
Comment savoir si un pool génère assez de frais ?
Vérifiez le volume quotidien du pool et divisez-le par la taille totale de la liquidité. Si le ratio est supérieur à 5 %, les frais sont généralement suffisants pour couvrir une perte impermanente de 20-30 %. Si c’est inférieur à 1 %, évitez-le. Des outils comme DeFiLlama ou Dune Analytics affichent ces données en temps réel.
Les récompenses en tokens compensent-elles la perte impermanente ?
Pas toujours. Si le token récompense chute de 50 % après que vous l’avez reçu, vous perdez deux fois : sur la perte impermanente et sur la valeur du token. Beaucoup de fournisseurs pensent qu’ils gagnent en récompenses, mais en réalité, ils accumulent des actifs dépréciés. Calculez toujours le rendement total en valeur réelle - pas en nombre de tokens.
Vaut-il mieux utiliser Uniswap V2 ou V3 ?
V2 est plus simple et plus sûr pour les débutants. V3 offre plus de rendement, mais exige une gestion active. Si vous ne pouvez pas surveiller vos positions quotidiennement, choisissez V2. Si vous êtes prêt à ajuster vos plages chaque semaine et à réagir aux mouvements de prix, V3 peut vous rapporter 3 à 5 fois plus. Mais attention : un mauvais réglage peut vous coûter plus que vous ne gagnez.