En 2018, le Venezuela a lancé le Pétro, une cryptomonnaie créée par le gouvernement pour contourner les sanctions internationales et stabiliser son économie en effondrement. Mais aujourd’hui, en 2026, cette monnaie numérique reste bien plus un outil de contrôle que de liberté financière. Alors que les Vénézuéliens cherchent désespérément des moyens de protéger leur pouvoir d’achat, le Pétro n’est pas la solution qu’ils choisissent. Il est imposé. Et ce n’est pas la même chose.
Un projet né dans la crise
Le Pétro a été annoncé par Nicolás Maduro en décembre 2017, au moment où l’inflation dépassait 1 000 000 %, où le bolívar valait presque rien, et où le pays devait rembourser 140 milliards de dollars de dettes. L’idée était simple : créer une monnaie numérique soutenue par les réserves nationales de pétrole, d’or, de diamants et de gaz. Chaque Pétro serait théoriquement équivalent à une barre de pétrole brut. Le gouvernement a annoncé l’émission de 100 millions de tokens, valorisés à plus de 6 milliards de dollars. Une ambition énorme. Mais pas une seule banque internationale, ni un échange majeur comme Binance ou Coinbase, n’a accepté de le coter.
La technologie derrière le Pétro est une blockchain fédérée, ce qui signifie qu’elle n’est pas décentralisée. Seuls les acteurs désignés par l’État peuvent valider les transactions. C’est l’inverse de ce que veulent les cryptos : transparence, liberté, absence de contrôle central. Le Pétro n’est pas une monnaie du peuple. C’est un outil d’État.
Les zones Pétro : des îlots contrôlés
En mars 2018, le gouvernement a créé quatre zones Pétro : l’île de Margarita, l’archipel des Los Roques, la péninsule de Paraguaná et la région d’Ureña, à la frontière colombienne. Le but ? Encourager l’usage du Pétro dans les commerces, les mines de cryptomonnaies et les paiements de services publics. Des incitations fiscales ont été mises en place : exemption de droits d’importation sur les équipements de mineurs pendant deux ans, réduction de taxes sur l’électricité, et facilités pour les entreprises qui acceptent le Pétro.
Pourtant, les rapports sur l’activité réelle dans ces zones sont rares. Les mineurs ne sont pas nombreux. Les commerçants ne l’acceptent pas volontairement. Les touristes viennent avec des dollars ou des bitcoins. Le Pétro y circule, mais comme une monnaie de service, pas comme une monnaie d’échange. Il n’y a pas de marché libre. Il y a des ordres administratifs.
La force de l’obligation
En janvier 2020, le gouvernement a rendu le Pétro obligatoire pour certains paiements : les services gouvernementaux (passeports, cartes d’identité), le carburant pour les avions, et certains contrats publics. Ce n’est pas une incitation. C’est une contrainte. Les citoyens n’ont pas le choix. Ils doivent obtenir des Pétros pour faire leurs papiers, même s’ils n’en ont jamais entendu parler auparavant.
Les banques publiques ont été chargées de convertir les bolívares en Pétros. Mais les taux de change sont fixés par l’État, pas par le marché. Un Pétro est officiellement équivalent à 10 bolívares, alors que sur le marché noir, un seul Pétro vaut moins de 1 centime de dollar. C’est une escroquerie comptable. Le gouvernement crée une monnaie qui n’a pas de valeur réelle, puis l’oblige à être acceptée comme si elle en avait une.
Les sanctions et l’isolement
Les États-Unis ont réagi rapidement. En 2018, le Département du Trésor a interdit à toute personne américaine de traiter avec le Pétro. La loi S.37, adoptée en 2021, a rendu ces sanctions permanentes. Aucun échange, aucun service financier, aucun investisseur étranger ne peut toucher au Pétro sans risquer des amendes ou des poursuites. Cela a coupé le Pétro du monde réel. Pas de liquidité. Pas de conversion. Pas d’usage international.
Les entreprises étrangères qui voulaient investir dans les mines de Pétro ont été dissuadées. Les fournisseurs d’équipements miniers ont cessé d’exporter vers les zones Pétro. Même les entreprises vénézuéliennes qui avaient commencé à accepter le Pétro ont abandonné, craignant des représailles ou des complications juridiques.
Les Vénézuéliens préfèrent le Bitcoin
Alors que le gouvernement impose le Pétro, les citoyens ont choisi autre chose. Le Bitcoin. Les stablecoins comme USDT. Ces monnaies, même si elles ne sont pas légales, sont utilisées par des millions de Vénézuéliens pour acheter des aliments, payer les factures, envoyer de l’argent à l’étranger. Elles sont décentralisées. Elles ne dépendent pas d’un gouvernement qui ment sur ses réserves. Elles fonctionnent sur des réseaux mondiaux.
Des études de 2025 montrent que plus de 70 % des Vénézuéliens ayant accès à Internet utilisent régulièrement des cryptomonnaies non gouvernementales. Moins de 5 % ont utilisé le Pétro pour un paiement non obligatoire. Le Pétro n’est pas adopté. Il est subi.
Le cadre légal : un mélange de contradictions
Le décret présidentiel 3196 a créé le Pétro. Le décret 3333 a créé les zones. La SUPCACVEN, la superintendance des cryptomonnaies, a été mise en place pour le contrôler. Mais en mars 2018, l’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition, a déclaré le Pétro illégal. Cette contradiction juridique n’a jamais été résolue. Le Pétro existe dans l’ordre administratif, mais pas dans la légalité du pays.
Le ministère des Finances gère les comptes Pétro. La compagnie d’État "Trésor des cryptomonnaies" en assure la conservation. Mais personne ne peut vérifier si les réserves de pétrole ou d’or sont réellement liées aux tokens. Il n’y a pas de transparence. Pas d’audit indépendant. Pas de preuve. Le Pétro repose sur la confiance dans un gouvernement qui a déjà dévalué sa monnaie cent fois.
Un échec technologique, un outil politique
Le Pétro n’a jamais été conçu pour être une cryptomonnaie comme les autres. Il n’a pas été créé pour offrir de la liberté financière. Il a été créé pour permettre au gouvernement de continuer à imprimer de la monnaie, de contourner les sanctions, et de contrôler les flux financiers. Il est un masque pour l’hyperinflation. Un moyen de réécrire les règles sans les changer vraiment.
Les autres pays ont regardé le Pétro avec scepticisme. Les experts en blockchain ont rejeté son architecture centralisée. Les économistes ont dénoncé son manque de fondement. Les citoyens ont choisi d’ignorer sa valeur. Et les États-Unis ont fermé la porte.
Que reste-t-il en 2026 ?
Le Pétro existe toujours. Il est toujours obligatoire pour certains paiements. Les zones Pétro continuent de fonctionner. Les mines fonctionnent à moindre coût grâce aux exemptions fiscales. Mais il n’y a pas de marché. Pas de confiance. Pas d’usage réel.
Les Vénézuéliens n’ont pas besoin d’une cryptomonnaie du gouvernement. Ils ont besoin d’une monnaie stable. D’un accès à l’économie mondiale. D’un système qui ne les trompe pas. Le Pétro ne leur offre rien de tout cela. Il leur offre seulement une autre forme de contrôle.
En 2026, le Pétro est un symbole : celui d’un État qui a essayé de réinventer la monnaie, mais qui n’a réussi qu’à renforcer sa propre dépendance au pouvoir.
Le Pétro est-il toujours en circulation en 2026 ?
Oui, le Pétro est toujours en circulation, mais uniquement comme outil obligatoire. Il est utilisé pour payer certains services gouvernementaux, le carburant aérien et certains contrats publics. Il n’est pas utilisé dans les commerces quotidiens, ni par les particuliers pour leurs achats personnels. La plupart des Vénézuéliens n’ont jamais détenu de Pétro volontairement.
Pourquoi les Vénézuéliens n’utilisent-ils pas le Pétro ?
Parce qu’il n’a pas de valeur réelle. Son taux de change est fixé par le gouvernement, pas par le marché. Les citoyens savent qu’un Pétro ne vaut pas un dollar, même si le gouvernement dit qu’il en vaut 60. Ils ont appris à faire confiance au Bitcoin, à l’USDT ou au dollar physique, qui conservent leur valeur. Le Pétro est une monnaie de l’État, pas une monnaie du peuple.
Le Pétro est-il une cryptomonnaie légitime ?
Non, pas au sens traditionnel du terme. Une cryptomonnaie légitime est décentralisée, transparente et acceptée par le marché. Le Pétro est contrôlé par l’État, n’est pas négocié sur les échanges internationaux, et son prix est arbitraire. Il ne répond à aucun des critères fondamentaux des cryptomonnaies comme le Bitcoin. C’est une monnaie numérique d’État, pas une cryptomonnaie.
Quel est le rôle de la SUPCACVEN ?
La SUPCACVEN (Superintendance des cryptomonnaies et activités connexes) est l’organisme gouvernemental chargé de réguler le Pétro. Elle contrôle la création des tokens, surveille les mines, collecte les frais, et gère les registres des utilisateurs. Elle n’a aucun mandat d’indépendance. Elle relève directement du vice-président et agit comme un bras de contrôle financier du gouvernement.
Les sanctions américaines ont-elles réussi à bloquer le Pétro ?
Oui, totalement. Les sanctions américaines ont empêché tout échange international, toute intégration bancaire, et toute adoption par les entreprises étrangères. Sans accès au système financier mondial, le Pétro ne peut pas être converti, échangé ou utilisé hors du Venezuela. Il est techniquement isolé. Même les entreprises vénézuéliennes qui voulaient l’accepter ont été contraintes de renoncer pour éviter des sanctions.