Il y a encore quelques années, parler de miner des cryptomonnaies au Pakistan revenait à courir un risque légal majeur. Le pays oscillait entre une tolérance tacite et des interdictions formelles de la part de la Banque centrale. Mais le paysage a radicalement changé avec l'entrée en vigueur de la Virtual Assets Act, loi cadre adoptée en juillet 2025 pour réguler les actifs virtuels au Pakistan. Aujourd'hui, en 2026, le Pakistan ne se contente plus de tolérer le minage ; il cherche activement à devenir un hub mondial grâce à une allocation massive d'électricité et à un cadre fiscal clair.
Pour comprendre où en sont les choses, il faut regarder comment cette transition s'est faite, quelles sont les nouvelles règles du jeu imposées par la PVARA, Autorité pakistanaise de réglementation des actifs virtuels, créée pour superviser le secteur crypto, et surtout, ce que cela signifie concrètement pour les mineurs, qu'ils soient locaux ou internationaux.
La fin de l'interdit : Naissance de la PVARA
Longtemps, le minage au Pakistan existait dans une zone grise juridique. La Banque d'État du Pakistan (SBP) considérait les cryptomonnaies comme illégales sous le couvert des lois bancaires existantes, tandis que le Conseil Crypto du Pakistan (PCC) encourageait leur adoption. Cette contradiction paralysait le secteur.
Le tournant est arrivé le 15 juillet 2025 avec l'annonce officielle du ministère des Finances concernant la mise en place de la PVARA. Cette autorité fédérale autonome a été chargée de superviser toutes les activités liées aux actifs virtuels, y compris le minage. Pour la première fois, les mineurs n'ont plus besoin de se cacher. Ils doivent simplement obtenir une licence. Ce changement marque une rupture nette avec les années précédentes où chaque opération risquait des poursuites judiciaires ou la confiscation du matériel.
L'objectif affiché par Bilal bin Saqib, président de la PVARA et ministre d'État chargé des cryptos, est ambitieux : ne plus suivre les tendances mondiales, mais les créer. Le gouvernement veut transformer le Pakistan en terre d'accueil pour des entreprises technologiques de niveau mondial, profitant de sa main-d'œuvre jeune et compétente ainsi que de ses ressources énergétiques sous-utilisées.
L'allocation de 2 000 mégawatts : Une stratégie énergétique audacieuse
Le cœur de la nouvelle stratégie réside dans l'énergie. En août 2025, le gouvernement a annoncé la réservation de 2 000 mégawatts (MW) d'électricité spécifiquement destinés au minage de Bitcoin et aux centres de données IA. C'est une quantité colossale qui pourrait propulser le Pakistan parmi les cinq premiers hubs de minage au monde si elle est entièrement déployée.
Où vient cette énergie ? Elle provient principalement de deux sources :
- Les centrales au charbon fonctionnant à capacité réduite.
- Les surplus énergétiques dans des régions où la demande a baissé, souvent parce que les petites et moyennes entreprises (PME) ont basculé vers le solaire individuel pour réduire leurs coûts.
Cette approche permet d'utiliser une électricité qui serait autrement perdue. Cependant, elle n'est pas sans controverses. Le Fonds monétaire international (FMI) a exprimé ses réserves dès juillet 2025, craignant que des tarifs subventionnés ne pèsent sur les finances publiques et ne stressent le réseau national. En réponse, la PVARA a clarifié que les opérations de minage commerciales ne peuvent utiliser les tarifs résidentiels subventionnés. Elles doivent fonctionner avec des tarifs industriels et posséder une connexion minimale de 500 kW.
Comment obtenir une licence de minage ?
Avec la régulation vient la bureaucratie. Obtenir le droit de miner au Pakistan n'est plus aussi simple que de brancher des ASICs dans un garage. La PVARA a mis en place un processus de licence rigoureux pour les prestataires de services d'actifs virtuels (VASP), catégorie qui inclut désormais explicitement le "minage de récompenses de bloc".
Pour postuler, les candidats doivent soumettre un dossier détaillé comprenant :
- Leur infrastructure technologique et leurs normes de sécurité.
- La capacité de taux de hachage (hash rate) prévue.
- Les métriques de consommation d'énergie.
- Un historique de conformité réglementaire.
- Un modèle d'affaires adapté au Pakistan, incluant une analyse d'impact environnemental.
Il existe également une distinction importante entre les acteurs internationaux et locaux. Les firmes internationales doivent déjà être licenciées par des régulateurs reconnus tels que la SEC américaine, la FCA britannique, le cadre VASP européen, la VARA des Émirats arabes unis ou l'MAS de Singapour. Cela crée une barrière à l'entrée élevée, favorisant les joueurs établis plutôt que les startups locales au début.
Le déploiement se fait en deux phases :
- Phase 1 (T3-T4 2025) : Ouverture aux grandes opérations internationales avec un hash rate supérieur à 1 EH/s.
- Phase 2 (T1 2026) : Ouverture aux mineurs domestiques de petite échelle, avec une capacité minimale de 100 PH/s.
Fiscalité : Combien devez-vous payer ?
Une question cruciale pour tout mineur est celle de l'imposition. Les réformes fiscales de 2025 ont apporté une clarté bienvenue, remplaçant l'incertitude précédente par des taux précis.
Les revenus générés par le minage sont taxés comme des revenus ordinaires selon un barème progressif :
| Tranche de revenu (PKR) | Taux d'imposition |
|---|---|
| Jusqu'à 600 000 PKR | 5 % |
| Entre 600 000 et 12 millions PKR | Progressif jusqu'à 35 % |
| Plus de 12 millions PKR | 35 % |
En outre, si vous vendez les cryptomonnaies que vous avez minées, les plus-values réalisées sont soumises à un impôt forfaitaire de 15 %. Tous ces revenus doivent être déclarés via le formulaire IT-1, avec une date limite annuelle fixée au 30 septembre. À partir de mi-2025, les données de transaction des opérations enregistrées auprès de la PVARA sont partagées avec le Conseil fédéral des recettes (FBR), rendant l'évasion fiscale beaucoup plus difficile.
Défis persistants et contradictions
Même avec un cadre législatif solide, des obstacles pratiques subsistent. Le principal problème reste l'accès aux services bancaires. En août 2025, la Banque d'État du Pakistan a rappelé que les devises numériques ne sont pas reconnues comme monnaie légale et que les institutions financières continuent d'être interdites de traiter avec elles par les lois bancaires existantes.
Cela signifie qu'un mineur peut avoir une licence valide de la PVARA, mais peiner à ouvrir un compte bancaire commercial pour recevoir ses paiements ou payer ses fournisseurs. Cette dichotomie entre le soutien politique au sommet (via le PCC et la PVARA) et la prudence réglementaire traditionnelle (via la SBP) crée une friction opérationnelle quotidienne.
De plus, il y a eu des tensions politiques internes. Un comité sénatorial a recommandé en septembre 2025 de transférer le Conseil Crypto du Pakistan du ministère des Finances au ministère des Technologies de l'information, arguant que les actifs numériques relèvent davantage du domaine technologique que financier. Ces débats administratifs peuvent ralentir la mise en œuvre des politiques promises.
Impact environnemental et conformité Chariatique
Le minage est souvent critiqué pour son empreinte carbone. Pour atténuer cela, les directives provisoires de la PVARA publiées en août 2025 exigent que les opérations utilisent au moins 70 % d'énergies renouvelables ou réaffectées d'ici 2027. L'idée est de maximiser l'utilisation des surplus existants plutôt que de construire de nouvelles centrales polluantes.
Parallèlement, pour encourager l'adoption locale dans un pays majoritairement musulman, le cadre réglementaire prévoit des "boîtes de sable" (sandboxes) pour les opérations conformes à la Charia. Cela répond aux préoccupations religieuses qui avaient freiné l'enthousiasme initial envers les cryptomonnaies, offrant une voie claire pour que les investisseurs religieux participent légalement au marché.
Pourquoi le Pakistan vise-t-il si haut ?
Le contexte géopolitique et économique explique cette agressivité stratégique. Avec plus de 40 millions de portefeuilles crypto, le Pakistan est le troisième plus grand adopteur au monde, derrière seulement l'Inde et les États-Unis. Le marché local est estimé à environ 21 milliards de dollars en septembre 2025.
En attirant le minage, le gouvernement espère injecter des devises étrangères, créer des emplois qualifiés dans la maintenance des data centers et positionner le pays comme un acteur incontournable de la blockchain. Si les projections se vérifient, le minage pourrait représenter 15 à 20 % de la valeur du marché crypto pakistanais d'ici deux ans. Pour un pays cherchant à stabiliser son économie, c'est une opportunité trop tentante pour être ignorée, malgré les risques inhérents à la volatilité des cryptomonnaies et aux pressions internationales.
Le minage de crypto est-il légal au Pakistan en 2026 ?
Oui, depuis l'adoption de la Virtual Assets Act en juillet 2025, le minage est légal à condition d'obtenir une licence de la PVARA. Avant cela, il existait dans une zone grise juridique.
Quel est le taux d'imposition pour les revenus du minage ?
Les revenus du minage sont taxés progressivement de 5 % à 35 % selon le montant des revenus annuels. Les plus-values lors de la vente des cryptos sont taxées à un taux fixe de 15 %.
Les mineurs peuvent-ils utiliser l'électricité résidentielle ?
Non. Les opérations de minage commerciales doivent utiliser des tarifs industriels et disposer d'une connexion électrique minimale de 500 kW pour éviter de profiter des subventions résidentielles.
Comment les entreprises internationales peuvent-elles obtenir une licence ?
Elles doivent déjà être licenciées par un régulateur reconnu (comme la SEC, la FCA ou la MAS) et soumettre un dossier complet à la PVARA incluant leurs normes de sécurité et leur impact environnemental.
Quelle est la principale difficulté actuelle pour les mineurs ?
L'accès aux services bancaires reste problématique car la Banque d'État du Pakistan interdit toujours techniquement aux banques de traiter avec les cryptomonnaies, créant un conflit entre la licence PVARA et les comptes bancaires.