Depuis le 5 juillet 2025, toute plateforme de cryptomonnaies qui s’adresse aux utilisateurs aux Philippines doit être officiellement autorisée par la Securities and Exchange Commission (SEC). Ce n’est plus une option : c’est une obligation légale. Avant cette date, des géants comme Binance, OKX ou KuCoin pouvaient opérer librement dans le pays, même s’ils n’avaient aucun bureau local. Aujourd’hui, cela n’est plus possible. La SEC a mis en place le cadre réglementaire le plus rigoureux d’Asie du Sud-Est, et elle ne rigole pas.
Qui doit obtenir une licence ?
Tout Crypto Asset Service Provider (Fournisseur de services sur actifs cryptographiques) qui offre des services comme l’échange, le stockage, la vente ou la promotion de cryptomonnaies à des résidents philippins doit demander une licence. Cela inclut les échanges centralisés, les portefeuilles numériques, les plateformes de trading et même les entreprises qui font de la publicité pour des jetons. Même si votre siège est à Singapour, à Dubaï ou à New York, si vous ciblez des Philippins, vous êtes concerné.
La SEC ne fait pas de distinction entre les grandes entreprises et les petites. Tous doivent passer par le même processus. Et ce processus n’est pas fait pour être facile.
Les 4 exigences fondamentales
- Capital minimum de 100 millions de pesos philippines (environ 1,8 million $ USD) : Ce n’est pas une somme symbolique. Cette somme doit être déposée en espèces, en banque, ou en actifs liquides. Les cryptomonnaies elles-mêmes ne comptent pas. Vous devez avoir de l’argent réel, en pesos ou en dollars, pour prouver que vous pouvez absorber des pertes ou couvrir des réclamations.
- Présence physique aux Philippines : Vous devez avoir un bureau réel, avec un adresse postale, un numéro de téléphone local, et du personnel présent sur place. Un simple service de messagerie virtuelle ou un espace de coworking ne suffit pas. La SEC veut pouvoir vous rencontrer, vous inspecter, et vous faire signer des documents en personne.
- Systèmes AML/KYC complets : Vous devez identifier chaque utilisateur, vérifier son identité, suivre ses transactions, et signaler toute activité suspecte au Conseil de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLC). Les systèmes doivent être audités chaque trimestre et mis à jour en temps réel. Pas de « nous vérifions les utilisateurs » : vous devez prouver que vous le faites, avec des logs, des rapports, et des preuves d’audit.
- Déclaration préalable de 30 jours : Avant de lancer toute activité - même une simple campagne publicitaire - vous devez soumettre à la SEC tous vos documents : vos règles internes, votre politique de sécurité, votre plan de communication, et vos déclarations financières. Si vous oubliez un document, votre demande est rejetée. Point final.
Les sanctions : pas de seconde chance
La SEC a montré qu’elle ne fait pas de cadeaux. Le 1er août 2025, elle a publié une liste publique de 10 plateformes non autorisées - dont OKX, Bybit, KuCoin et Kraken - et a averti les utilisateurs : « Ne faites pas affaire avec eux ». Le même scénario s’était déjà produit avec Binance en 2024 : l’exchange a été bloqué, et ses utilisateurs ont eu 90 jours pour retirer leurs fonds avant que l’accès ne soit coupé définitivement.
Les sanctions pour non-respect sont sévères :
- Amende de 50 000 à 10 millions de pesos par violation
- Amende quotidienne de 10 000 pesos pour chaque jour où l’infraction continue
- Blocage des sites web et des applications
- Interdiction de faire de la publicité dans le pays
Il n’y a pas de « première fois, on pardonne ». Une seule violation, et vous êtes sur la liste noire.
Les plateformes qui se sont adaptées
Certaines entreprises ont réagi vite. Youholder, Bybit, Cex.io, BitGet et Bigone ont tous mis en place des équipes locales, augmenté leur capital, et mis à jour leurs systèmes de conformité. Ils affichent maintenant clairement sur leurs sites : « Licencié par la SEC Philippines ». Cela leur donne un avantage : les utilisateurs privilégient les plateformes légales. Ils se sentent en sécurité.
La SEC exige aussi que les campagnes publicitaires soient transparentes. Vous ne pouvez pas dire « Investissez dans ce jeton, il va doubler dans 6 mois ». Vous pouvez dire « Ce jeton est utilisé pour X, Y, Z ». Rien de plus. Les déclarations sur les gains futurs sont interdites. Cela force les entreprises à parler de la technologie, pas des profits.
Impact sur le marché
Même avec ces règles strictes, le marché des cryptomonnaies aux Philippines continue de croître. En 2025, 10,49 % de la population utilise des cryptos. En 2026, ce sera 10,86 %. Soit 12,79 millions de personnes. Le chiffre d’affaires du secteur devrait atteindre 1,1 milliard de pesos cette année.
Cela signifie que les utilisateurs veulent toujours des cryptos. Mais ils veulent le faire en toute sécurité. Les plateformes non régulées perdent des clients. Les plateformes légales gagnent en confiance. La SEC a réussi à transformer la peur en confiance.
Les défis restants
Le système n’est pas parfait. Les petites startups internationales n’ont pas les moyens de payer 1,8 million de dollars en capital ni d’ouvrir un bureau à Manille. Beaucoup ont abandonné. Certains analystes estiment que cette réglementation favorise les géants et étouffe la concurrence.
De plus, le suivi mensuel est lourd : les licences doivent soumettre des rapports financiers complets chaque mois, subir des audits AML, et justifier chaque changement dans leurs systèmes. Cela coûte cher en temps et en personnel.
La Banque centrale des Philippines, pour sa part, reste en retrait. Elle ne détient pas de cryptomonnaies, ne les régule pas directement, mais laisse la SEC faire le travail. C’est une séparation claire des rôles : la SEC protège les investisseurs, la Banque centrale garde la stabilité monétaire.
Que faire si vous êtes un utilisateur ?
Si vous êtes un particulier qui trade ou investit en crypto aux Philippines :
- Ne déposez jamais vos fonds sur une plateforme qui ne mentionne pas clairement son numéro de licence SEC
- Vérifiez sur le site officiel de la SEC si votre échange est dans la liste des licences valides
- Ne répondez pas aux publicités sur les réseaux sociaux qui promettent des rendements garantis
- Utilisez uniquement des plateformes qui affichent leurs documents de divulgation, comme exigé par la MC 4-2025
Si vous avez déjà des fonds sur une plateforme non autorisée, retirez-les dès que possible. La SEC n’a pas encore ordonné de fermeture massive, mais elle pourrait le faire à tout moment. Il vaut mieux agir tôt.
Qu’est-ce qui vient ensuite ?
La SEC a dit qu’elle va continuer à surveiller, à ajuster, et à renforcer ses règles. Elle pourrait bientôt exiger des audits externes annuels, ou imposer des limites sur les types de jetons autorisés. Peut-être que dans un an, seuls les jetons liés à des actifs réels (comme des actions ou des biens immobiliers) seront autorisés.
Le modèle philippin est déjà étudié par l’Indonésie, la Thaïlande et la Malaisie. Si les Philippines réussissent à protéger les consommateurs sans étouffer l’innovation, d’autres pays pourraient les copier. Pour l’instant, ils sont les seuls en Asie du Sud-Est à avoir mis en place un système aussi complet.
Quelles sont les plateformes de cryptomonnaies autorisées aux Philippines ?
La SEC publie régulièrement la liste des Crypto Asset Service Providers (CASP) licenciés sur son site officiel, dans la section PhiliFintech Innovation Office. Actuellement, les plateformes comme Youholder, Bybit, Cex.io, BitGet et Bigone figurent sur cette liste. Toute autre plateforme qui n’est pas listée n’est pas autorisée à opérer légalement aux Philippines. Il est fortement recommandé de ne jamais utiliser une plateforme non listée.
Puis-je encore acheter des cryptomonnaies aux Philippines ?
Oui, vous pouvez toujours acheter, vendre et détenir des cryptomonnaies. La réglementation ne les interdit pas. Elle oblige simplement les plateformes qui vous permettent de les échanger à être licenciées. Vous n’êtes pas en faute si vous utilisez une plateforme non autorisée - mais vous prenez un risque énorme : vos fonds pourraient être perdus si la plateforme fait faillite ou est bloquée.
Quelle est la différence entre la SEC et la Banque centrale des Philippines sur les cryptos ?
La SEC régule les actifs cryptographiques comme des produits financiers, en se concentrant sur la protection des investisseurs, la transparence et la lutte contre le blanchiment. La Banque centrale, elle, s’occupe de la stabilité du peso et du système bancaire. Elle ne régule pas les cryptos directement, et elle n’en possède pas. Les deux entités travaillent séparément, mais la SEC est l’autorité principale pour tout ce qui concerne les échanges et les plateformes.
Combien de temps prend l’obtention d’une licence SEC ?
Le processus peut prendre entre 6 et 9 mois, à condition que tous les documents soient complets et conformes. Une erreur dans les rapports AML, un manque de preuve de capital, ou une absence de bureau physique peut retarder la demande de plusieurs mois. Beaucoup d’entreprises échouent à la première tentative. Il est recommandé de faire appel à un conseiller juridique local spécialisé en réglementation crypto avant de soumettre une demande.
Les NFT sont-ils couverts par ces règles ?
Oui. Si un NFT est vendu comme un investissement, avec la promesse de revenus futurs (par exemple, des royalties, des dividendes, ou une revente garantie), il est considéré comme un actif financier et tombe sous la réglementation SEC. Les NFT purement artistiques ou de loisir, sans lien financier, ne sont pas concernés. Mais la frontière est floue, et la SEC examine chaque cas individuellement.