En 2024, les transactions de cryptomonnaies liées à l'Iran ont atteint 9,2 milliards de dollars, soit 58 % du total des pays sous sanctions. Cela représente une augmentation de 22 % par rapport à l'année précédente. Pourquoi cette croissance fulgurante ? La réponse réside dans la Groupe d'action financière (FATF)Organisation internationale créée en 1989 pour lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Elle établit des normes mondiales et publie des listes noires de pays non coopératifs.. L'Iran figure sur cette liste noire depuis octobre 2019, après avoir échoué à mettre en œuvre des réformes nécessaires. Cette situation a transformé les cryptomonnaies en seule alternative viable pour de nombreux Iraniens, malgré des risques accrus.
Qu'est-ce que la liste noire du FATF ?
Le FATF publie régulièrement une « liste noire » officiellement appelée « Call for Action ». Elle identifie les pays dont les systèmes financiers présentent des failles critiques dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Pour l'Iran, cela signifie que toutes les banques internationales doivent appliquer des contrôles renforcés pour toute transaction liée au pays. Résultat ? L'accès au système SWIFT et aux paiements internationaux classiques est bloqué. Selon l'analyse d'EPC (2025), cette mesure a « fermé définitivement la fenêtre d'échange monétaire avec l'Union européenne sous tout cadre conventionnel ».
Comment les sanctions ont-elles affecté l'accès bancaire ?
Avant 2019, l'Iran comptait 28 relations bancaires internationales. En 2025, il n'en reste que 3. Les banques européennes et américaines ont coupé tout lien avec les institutions iraniennes, rendant impossible les virements internationaux classiques. Les Iraniens ne peuvent plus payer des importations essentielles comme les médicaments ou les équipements médicaux via des canaux traditionnels. C'est cette exclusion totale qui a poussé une partie importante de la population à chercher refuge dans les cryptomonnaies.
Tendances actuelles de l'adoption de cryptomonnaies en Iran
Chainalysis rapporte que 78 % des transactions de cryptomonnaies dans les pays sous sanctions sont en Bitcoin, principalement utilisé pour contourner les restrictions. Entre janvier et décembre 2024, les volumes mensuels sur les échangeurs centralisés (CEX) iraniens ont bondi de 63 %. En décembre 2024, les retraits mensuels dépassaient 480 millions de dollars contre 290 millions en janvier. Les utilisateurs convertissent leurs rials en Bitcoin pour éviter la dépréciation monétaire et transférer des fonds à l'étranger. Les portefeuilles mobiles comme Trust Wallet et Exodus représentent 92 % des transactions, avec des montants moyens inférieurs à 1 500 dollars pour éviter les détections.
Défis techniques et opérationnels pour les utilisateurs
Les Iraniens font face à un paradoxe : pour utiliser des plateformes comme Binance ou Bybit, ils doivent vérifier leur identité selon les règles KYC (Know Your Customer), mais cela déclenche automatiquement des blocages de la part du FATF. Un utilisateur de Reddit, « TehranTrader », a raconté en août 2025 que Binance avait gelé son compte de 8 200 dollars après seulement trois transactions inférieures à 1 500 dollars. Selon une enquête de Nobitex en septembre 2025, 33 % des Iraniens sur les échangeurs internationaux subissent des gelés de compte. De plus, l'accès à Internet est contrôlé par le gouvernement : 89 % des utilisateurs doivent utiliser des applications anti-surveillance comme Soroush+, qui bloquent 41 % des tentatives de connexion.
Expériences terrain : témoignages et cas concrets
Sur Telegram, le canal @IranCryptoAlert (58 000 abonnés) documente quotidiennement des pannes d'échange. 74 % des utilisateurs signalent des échecs de transaction pendant les heures de pointe (20h-22h heure locale). Pourtant, certaines solutions locales fonctionnent. Un utilisateur nommé « ShirazMiner » a expliqué sur Bitpin en septembre 2025 : « J'ai transféré 2,3 BTC vers la Turquie sans KYC en 17 minutes via des swaps atomiques multi-étapes. » Mais ces méthodes coûtent 15-20 % de plus que les transferts traditionnels. Un cas alarmant a été documenté par l'Association Crypto Iran en juillet 2025 : 317 utilisateurs ont perdu 4,1 millions de dollars lorsque l'échange basé aux Émirats arabes unis, Rain, a suspendu tous les comptes iraniens après la déclaration du FATF.
Solutions locales et innovations émergentes
La Banque centrale iranienne a lancé en août 2025 une « Halal Stablecoin » (HSC) peguée à l'or. En un mois, 4,2 millions d'utilisateurs ont transacté 280 millions de dollars. Mais KPMG souligne que cette monnaie reste isolée des pools de liquidité globaux à cause des restrictions FATF. Les échangeurs locaux comme Nobitex et Wallex proposent des systèmes « blockchain halal » interdisant les transferts transfrontaliers. Les utilisateurs se tournent vers les décentralisés (DEX) comme PancakeSwap, mais avec un slippage de 15 % à cause de faibles liquidités. Les réseaux P2P comme LocalBitcoins affichent un taux de réussite de 78 %, mais avec des primes de 22 %.
Perspectives futures et risques systémiques
Le FATF maintient sa position : dans sa déclaration de juin 2025, il a renouvelé ses « appels à des contre-mesures » en raison de la non-ratification par l'Iran de conventions clés contre le financement du terrorisme. Chainalysis a identifié 13 nouvelles sanctions OFAC ciblant des mélangers de cryptomonnaies iraniens en septembre 2025. Cependant, le rapport de risque du FATF prévoit « une adoption soutenue dépassant 25 millions d'utilisateurs d'ici 2027 ». Le chercheur Emad Kiyaei avertit dans le Journal of International Financial Management (septembre 2025) qu'il y a « 60 % de probabilité de collapse systémique si le FATF maintient ses mesures actuelles au-delà du deuxième trimestre 2026 ». Pour 93 % des utilisateurs interrogés par l'Association Crypto Iran, la seule option viable reste l'augmentation de l'utilisation des cryptomonnaies si l'Iran reste sur la liste noire.
Pourquoi l'Iran est-il toujours sur la liste noire du FATF ?
Le FATF a fixé 12 points d'action pour l'Iran. En 2025, Téhéran a ratifié seulement 3 de ces points, notamment la Convention contre la criminalité transnationale organisée. Mais il n'a pas adopté les mesures clés sur le financement du terrorisme. Le président du FATF, Raja Kumar, a souligné en juin 2025 que « les contre-mesures doivent inclure une surveillance accrue et des audits externes ». Sans progressions concrètes, le pays restera sur la liste noire.
Quels sont les risques principaux pour les utilisateurs de cryptomonnaies en Iran ?
Trois risques majeurs existent : 1) Les comptes sur les échangeurs internationaux sont gelés (33 % des utilisateurs concernés) ; 2) Les autorités iraniennes surveillent les transactions via la régulation des SIM cards ; 3) Les outils de contournement comme les portefeuilles non-custodiaux comportent des failles de sécurité (37 % des utilisateurs rapportent des compromissions). De plus, 61 % des transactions servent à contourner les sanctions, exposant les utilisateurs à des poursuites.
Existe-t-il des alternatives aux échangeurs centralisés comme Binance ?
Oui. Les décentralisés (DEX) comme PancakeSwap permettent des transactions sans KYC, mais avec des coûts élevés (15 % de slippage). Les réseaux P2P via des applications comme LocalBitcoins fonctionnent, mais avec des primes de 22 %. Une solution émergente est le réseau « HalalChain », qui utilise des swaps atomiques pour transférer des fonds vers la Turquie en 17 minutes. Cependant, ces méthodes ne sont pas sécurisées à 100 % et nécessitent une expertise technique.
Comment la Halal Stablecoin (HSC) affecte-t-elle l'économie iranienne ?
Lancée en août 2025, la HSC a permis à 4,2 millions d'utilisateurs de transacter 280 millions de dollars en un mois. Mais KPMG note que cette monnaie reste « isolée des pools de liquidité globaux » à cause des restrictions FATF. Elle ne peut pas être échangée contre des devises étrangères, limitant son utilité pour les importations. Elle sert principalement à des transactions internes, comme le paiement de salaires ou l'achat de biens locaux, mais ne résout pas le problème des sanctions internationales.
Quel est l'impact des sanctions sur les entreprises iraniennes ?
Seulement 0,3 % des 1,2 million d'entreprises iraniennes enregistrées utilisent les cryptomonnaies pour des transactions B2B. La Banque centrale iranienne explique que les entreprises préfèrent les circuits informels ou les échanges de contrebande plutôt que les cryptomonnaies, trop risqués. En revanche, 17 % des particuliers utilisent les cryptomonnaies pour des envois de fonds internationaux, notamment pour payer des études ou des soins médicaux à l'étranger.