Le Portugal était connu comme le paradis fiscal des cryptomonnaies. Pas depuis 2023. Une réforme majeure a changé la donne, sans pour autant en faire un pays hostile. Aujourd’hui, en 2026, la fiscalité des crypto-actifs au Portugal est plus complexe, mais aussi plus claire. Et les changements à venir pourraient encore plus influencer vos décisions d’investissement.
Comment ça fonctionne maintenant ?
Avant 2023, vendre vos bitcoins ou ethereum n’était pas imposable au Portugal. Plus de taxes sur les gains, peu importe la durée de détention. C’était simple. Trop simple. Le gouvernement a décidé que ce n’était plus tenable. La nouvelle loi divise les activités crypto en trois catégories, chacune avec ses propres règles.
- Category G (gains en capital) : Si vous détenez vos cryptos plus de 365 jours, vous ne payez aucune taxe quand vous les vendez. C’est toujours le cœur du système portugais. Mais si vous les vendez avant un an, vous payez 28 % sur le gain. La méthode FIFO s’applique : vous vendez d’abord les premières unités achetées.
- Category E (revenus passifs) : Les récompenses de staking, de lending ou de mining (si vous êtes un particulier) sont imposées à 28 %, mais seulement quand vous les convertissez en euros. Pas quand vous les recevez. Cela vous permet de réinvestir vos récompenses sans payer d’impôt immédiat.
- Category B (activités professionnelles) : Si vous tradez comme un professionnel - c’est-à-dire que vous en tirez votre revenu principal - vous êtes imposé sur une partie de vos gains. Pour le trading, seulement 15 % de vos revenus bruts sont pris en compte pour l’impôt progressif (de 14,5 % à 53 %). Pour le mining, c’est 95 %, à cause de la consommation énergétique.
La clé ? C’est la durée de détention. Garder vos actifs plus d’un an, c’est la meilleure stratégie fiscale au Portugal. Et ça, ça ne va pas changer.
Les changements à venir en 2026
Le gouvernement ne va pas tout remettre en question. Mais il prépare des ajustements. Voici ce qu’on sait déjà.
La Direction Générale des Impôts (Autoridade Tributária e Aduaneira) travaille sur un nouveau système de suivi des transactions crypto. En 2023, ils n’avaient pas les outils pour voir ce que vous faisiez sur Binance ou Kraken. Aujourd’hui, ils ont commencé à établir des liens avec les échanges européens. En 2026, ce sera encore plus efficace. Les déclarations spontanées ne suffiront plus. Les algorithmes vont croiser les données des plateformes avec vos déclarations fiscales.
Deux autres pistes sont en discussion :
- Un seuil pour les gains taxables : On parle d’introduire un seuil de 1 000 €. En dessous, pas d’impôt sur les gains à court terme. Cela aiderait les petits investisseurs à ne pas se perdre dans la paperasse.
- Clarté sur le trading professionnel : Aujourd’hui, c’est flou. Combien de trades par mois pour être considéré comme professionnel ? 10 ? 50 ? Le gouvernement pourrait fixer un critère objectif : par exemple, plus de 100 transactions par an ou un revenu mensuel moyen supérieur à 2 500 €.
Il est aussi possible que la France ou l’Allemagne changent leur politique fiscale, ce qui pousserait le Portugal à ajuster son taux de 28 %. Mais pour l’instant, ce taux reste compétitif. Moins que la France (30 %), plus que le Royaume-Uni (10-20 %), mais avec l’avantage du libre-impôt après un an.
Comment ça se compare à l’Europe ?
Le Portugal n’est plus le seul à offrir un traitement favorable aux détenteurs de long terme. Mais il est toujours l’un des rares à le faire sans conditions supplémentaires.
| Pays | Gains à court terme | Gains à long terme | Staking |
|---|---|---|---|
| Portugal | 28 % | 0 % | 28 % à la conversion |
| Allemagne | Progressif (jusqu’à 45 %) | 0 % après 1 an | Progressif |
| France | 30 % (forfaitaire) | 30 % | 30 % |
| Royaume-Uni | 10-20 % (avec abattement de 3 000 €) | 10-20 % | Impôt sur le revenu (20-45 %) |
Le Portugal reste le seul pays européen à offrir un exonération totale après un an, sans plafond, sans conditions de résidence, et sans taxation sur les échanges crypto-crypto. C’est un avantage unique.
Les pièges à éviter
Beaucoup de gens pensent que « pas d’impôt » signifie « pas de déclaration ». C’est faux. Même si vous ne payez rien, vous devez conserver des preuves : vos transactions, vos dates d’achat, vos frais, vos conversions. Si la taxe vous demande des documents, vous devez être prêt.
Autre erreur fréquente : confondre staking et trading. Si vous recevez des récompenses de staking et que vous les vendez après 14 mois, vous ne payez rien. Mais si vous les vendez après 10 mois, vous payez 28 %. Et si vous avez acheté 100 ETH en 2021, en avez-vous vendu 50 en 2024 ? La méthode FIFO détermine quelles unités ont été vendues. Un outil comme CoinTracking ou Koinly est indispensable.
Et attention au mining. Si vous minez comme un hobby, vous êtes dans la catégorie E. Si vous avez un rack de 10 cartes graphiques, que vous faites 10 000 € de revenus par an, et que vous ne déclarez rien ? Vous êtes dans la catégorie B. Et vous risquez des pénalités lourdes.
Que faire en 2026 ?
Si vous êtes un investisseur passif : gardez vos actifs plus d’un an. C’est la règle d’or. Pas besoin de complexité. Vous payez zéro. Et vous n’avez rien à déclarer, tant que vous n’avez pas vendu avant 365 jours.
Si vous tradez activement : calculez vos gains avec précision. Utilisez un logiciel de suivi. Ne comptez pas sur votre mémoire. Les échanges vont bientôt envoyer vos données à la taxe. Vos transactions seront vérifiées. Et si vous avez un chiffre d’affaires mensuel stable et élevé, envisagez de vous déclarer comme professionnel. Vous pourriez payer moins que 28 % sur vos gains, grâce au régime simplifié (15 % de votre chiffre brut).
Si vous êtes digital nomade : le Portugal reste l’un des meilleurs pays pour vivre et détenir des crypto-actifs. La fiscalité est claire, les résidents non-habituels bénéficient encore de certains avantages, et le pays n’impose pas les transferts de crypto depuis l’étranger. Mais préparez-vous : les contrôles vont s’accentuer. Gardez vos preuves. Toujours.
Et après 2026 ?
Le Portugal ne va pas revenir en arrière. Il n’a pas besoin de le faire. La réforme de 2023 a réussi : elle a généré des revenus sans chasser les investisseurs. Les professionnels payent, les particuliers à long terme sont protégés. Le pays a trouvé un équilibre rare.
Les prochaines années verront probablement :
- Une meilleure intégration avec MiCAR, la réglementation européenne sur les crypto-actifs
- Des exigences plus strictes pour les plateformes d’échange (KYC/AML)
- Des mises à jour du seuil de déclaration et de la définition du trading professionnel
Le message est clair : le Portugal n’est plus un paradis fiscal. Mais il reste un havre pour les investisseurs intelligents. Ceux qui planifient, qui gardent, et qui respectent les règles.
Les gains sur les cryptomonnaies sont-ils toujours exonérés au Portugal après un an ?
Oui, tant que vous détenez vos cryptomonnaies plus de 365 jours et que vous les vendez pour des euros (ou une devise de l’UE/EEE), vous ne payez aucune taxe sur les gains. Ce principe est au cœur du système fiscal portugais depuis 2023 et n’est pas remis en question en 2026.
Dois-je déclarer mes cryptomonnaies même si je n’ai pas vendu ?
Non, vous n’êtes pas obligé de déclarer vos portefeuilles si vous n’avez pas réalisé de gains. Mais vous devez conserver tous les justificatifs d’achat (dates, prix, frais) pendant au moins cinq ans. La taxe peut vous les demander à tout moment, surtout si vous vendez plus tard.
Les récompenses de staking sont-elles imposables au Portugal ?
Oui, mais seulement quand vous les convertissez en euros. Si vous recevez des récompenses en ETH et que vous les gardez, vous ne payez rien. La taxe survient uniquement à la vente. Cela vous permet de réinvestir vos récompenses sans impôt immédiat.
Qu’est-ce qui fait d’un trader un professionnel au Portugal ?
Il n’y a pas encore de seuil officiel, mais les experts estiment qu’un trader est considéré comme professionnel s’il tire un revenu principal de ses activités (plus de 50 % de ses revenus), ou s’il effectue plus de 100 transactions par an. Le régime simplifié (15 % du chiffre brut) s’applique si vos revenus annuels ne dépassent pas 200 000 €.
Les échanges vont-ils transmettre mes données à la taxe portugaise ?
Oui, et c’est déjà en cours. Les plateformes européennes comme Binance, Kraken et Coinbase sont tenues de partager les données des utilisateurs résidents en Europe avec les autorités fiscales. En 2026, ce système sera pleinement opérationnel. Ne comptez pas sur le secret de vos transactions.