En Iran, acheter ou vendre des cryptomonnaies n’est plus une question de choix technique - c’est un acte réglementé, surveillé, et limité par des règles qui changent chaque mois. Alors que le rial iranien perd de la valeur à un rythme alarmant, de plus en plus de citoyens se tournent vers les cryptomonnaies pour sauver leurs économies. Mais le gouvernement, lui, ne veut pas que cela continue. Depuis fin 2024, une série de mesures drastiques a été mise en place pour contrôler, limiter, et même interdire certains usages des cryptos. Voici ce que cela signifie vraiment pour les Iraniens aujourd’hui.
Le rial s’effondre, les cryptos montent - et le gouvernement panique
Le rial iranien n’est plus qu’une ombre de lui-même. En 2025, il a perdu plus de 70 % de sa valeur par rapport à 2023. L’inflation galope, les importations deviennent impossibles, et les salaires ne suivent plus. Face à cela, les Iraniens ont trouvé une échappatoire : les cryptomonnaies. Surtout Tether (USDT) une stablecoin peguée au dollar américain, largement utilisée comme refuge contre l’inflation. Pour beaucoup, USDT n’est pas une spéculation - c’est une question de survie. Mais cette solution, simple et efficace, inquiète le gouvernement. Pourquoi ? Parce que chaque transaction en USDT échappe au contrôle de la Banque centrale. Et cela, ils ne peuvent pas l’accepter.
Les restrictions clés : ce qui est interdit en 2026
En décembre 2024, la Banque centrale d’Iran a fermé tous les ponts entre les échanges de cryptomonnaies et les banques locales. Plus de virement en rial pour acheter du Bitcoin. Plus de retrait en rial après la vente de Ethereum. Tous les systèmes de paiement en ligne ont été bloqués. C’était le début d’une nouvelle ère.
En janvier 2025, les échanges ont pu rouvrir… mais seulement s’ils se connectaient à une API gouvernementale. Cela signifie que chaque transaction, chaque identité, chaque montant est désormais enregistré et surveillé par l’État. Pas de secret. Pas de fuite. Pas de liberté.
En février 2025, une interdiction totale de la publicité pour les cryptomonnaies a été imposée. Pas de publicités sur les réseaux sociaux. Pas de bannières sur les sites web. Pas de présentations en direct. Même les influenceurs ont été censurés. L’objectif ? Éviter que de nouveaux utilisateurs ne se lancent dans cette voie. Le message est clair : les cryptos ne sont pas une solution, elles sont un danger.
En septembre 2025, les limites sont devenues encore plus strictes. La Banque centrale a imposé deux règles précises :
- Chaque personne ne peut acheter que 5 000 $ de stablecoins par an.
- Le montant total détenu ne peut pas dépasser 10 000 $ par individu.
Les détenteurs de plus de 10 000 $ ont eu un mois pour réduire leurs avoirs. Ceux qui n’ont pas respecté la règle ont vu leurs comptes gelés. Ce n’était pas une menace. C’était une loi.
Les stablecoins sont ciblés - mais pas les mines
Il y a une contradiction étonnante dans la politique iranienne. D’un côté, les citoyens sont empêchés d’acheter des cryptos. De l’autre, le gouvernement encourage activement l’exploitation minière. L’Iran est aujourd’hui l’un des plus grands producteurs mondiaux de Bitcoin. Il génère près de 1 milliard de dollars par an grâce à l’exploitation minière, ce qui représente environ 4,5 % de la puissance mondiale.
Le gouvernement a compris quelque chose : miner, c’est une source de revenus. Les mines utilisent l’électricité bon marché, exportent des Bitcoins, et les convertissent en devises étrangères - ce qui permet au pays de contourner les sanctions. Mais pour le citoyen ordinaire ? Acheter une crypto, c’est voler la monnaie de l’État. C’est pourquoi les transactions domestiques sont bloquées, mais les mines fonctionnent en plein jour.
Tether a gelé des milliards - et les Iraniens ont réagi
Le 2 juillet 2025, Tether a gelé 42 adresses liées à l’Iran. Plus de la moitié de ces adresses étaient connectées à Nobitex, la plus grande plateforme d’échange iranienne. Certaines étaient aussi liées à des comptes associés à la Garde révolutionnaire. Ce n’était pas une coïncidence. C’était une action ciblée.
Après cette mesure, les échanges iraniens ont lancé une campagne de migration. Au lieu de conserver leurs USDT, ils ont encouragé les utilisateurs à les convertir en DAI une stablecoin décentralisée sur le réseau Polygon. Pourquoi ? Parce que DAI, sur Polygon, est plus difficile à geler. C’est une réponse technique à une pression politique. Et ça a marché. Des milliers d’Iraniens ont changé de système - sans attendre l’ordre du gouvernement.
Le rial numérique : une arme de contrôle
En parallèle, la Banque centrale d’Iran développe son propre système : le Rial numérique une version électronique du rial, entièrement contrôlée par l’État. Contrairement au Bitcoin, il ne peut pas être miné. Il n’est pas décentralisé. Il n’a aucune valeur hors du contrôle du gouvernement. Son but ? Remplacer les cryptos privées par une monnaie publique, entièrement traçable. Le pilotage a commencé sur l’île de Kish, où les transactions en dollars sont déjà limitées. L’objectif final ? Éliminer tout usage du dollar et des cryptos étrangers dans l’économie iranienne.
Une nouvelle taxe sur les gains en cryptos
En août 2025, l’Iran a adopté une loi sur la taxation des gains spéculatifs. Pour la première fois, les profits réalisés sur les cryptomonnaies sont imposables. Cela inclut les gains sur Bitcoin, Ethereum, et même DAI. La taxe s’applique aussi aux ventes de biens immobiliers, de métaux précieux, et aux échanges de devises. Les cryptos ne sont plus un domaine hors-la-loi - elles sont maintenant un actif comme les autres, soumis à l’impôt.
La mise en œuvre est progressive. Mais le message est clair : le gouvernement ne veut plus que les cryptos soient un refuge. Il veut les contrôler, les taxer, et les canaliser.
Le paradoxe iranien : interdire pour contrôler
En 2020, les Iraniens échangeaient entre 16 et 20 millions de dollars en cryptos chaque jour. En 2026, ce chiffre a chuté, mais pas parce que les gens ont arrêté. Ils ont juste changé de méthode. Beaucoup utilisent des VPN, des échanges P2P, des portefeuilles hors ligne, ou des intermédiaires dans les pays voisins. Certains transfèrent des fonds via des amis à l’étranger. D’autres utilisent des cartes prépayées ou des services de change informels.
Le gouvernement a réussi à couper les voies officielles. Mais il n’a pas réussi à arrêter la demande. Les gens veulent protéger leur argent. Et ils trouveront toujours un moyen. La question n’est plus de savoir si les cryptos sont légales. La question est : jusqu’où le gouvernement iranien ira-t-il pour les contrôler ?
Le futur : plus de restrictions, ou un changement de cap ?
En 2026, la situation reste tendue. Les restrictions sont parmi les plus sévères au monde. Mais la pression économique ne diminue pas. Le rial continue de chuter. Les jeunes générations refusent de vivre dans un pays où leur argent n’a plus de valeur. Et les cryptos, malgré tout, restent la seule alternative réelle.
Le gouvernement peut bloquer les échanges, limiter les achats, taxer les gains, et surveiller chaque transaction. Mais il ne peut pas empêcher les gens de chercher une solution. Ce qui se passe en Iran n’est pas une guerre contre les cryptos. C’est une guerre contre la perte de contrôle. Et cette guerre, elle ne peut pas être gagnée - seulement retardée.