En janvier 2025, le marché des échanges de crypto-monnaies n’est plus ce qu’il était il y a deux ans. Les géants comme Binance, Coinbase et Kraken ne se battent plus seulement pour le volume des transactions. Ils luttent pour la confiance, la légalité et la capacité à innover sans enfreindre les règles. Et tout cela est piloté par leurs PDG - des dirigeants qui doivent jongler entre des tribunaux, des agences de régulation et des millions d’utilisateurs qui veulent simplement acheter du Bitcoin sans se faire poursuivre.
Richard Teng et Binance : Reconstituer la confiance après la tempête
Richard Teng, devenu PDG de Binance en 2023 après le départ de Changpeng Zhao, est aujourd’hui l’une des figures les plus influentes du secteur. En janvier 2025, lors d’un entretien à Davos avec CNBC, il a clairement affirmé que 2025 serait l’année où l’industrie retrouverait sa trajectoire de croissance - à condition que les États-Unis changent de cap réglementaire. Son message était simple : la clarté légale, pas la répression, permettra aux crypto-monnaies d’atteindre de nouveaux sommets.
Binance reste le plus grand échange au monde en volume, mais il est aussi le plus poursuivi. L’action en justice de la SEC contre Binance, toujours en cours, porte sur des accusations d’opérations non déclarées en tant que courtier et d’infraction à la loi sur les bourses de valeurs. Teng ne nie pas les erreurs passées. Il parle plutôt de reconstruction. En 2025, Binance investit massivement dans les stablecoins, développe des produits institutionnels et renforce ses équipes juridiques dans l’UE, à Singapour et au Moyen-Orient. Pas d’IPO pour l’instant, mais une stratégie plus discrète : devenir incontournable sans chercher à plaire à tout le monde.
Craken : La rigueur comme avantage concurrentiel
Contrairement à Binance, Kraken a choisi la voie de la conformité totale - même quand ça coûte cher. Sous la direction de Dave Ripley, qui a pris la relève de Jesse Powell en 2022, Kraken est présent dans 190 pays, avec des licences officielles en Europe, aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie et au Japon. Ce n’est pas un hasard. Jesse Powell, fondateur de Kraken en 2013, avait construit l’entreprise sur un principe simple : la sécurité avant tout. Il a passé deux ans à tester chaque ligne de code avant de lancer la plateforme, et a toujours travaillé avec les régulateurs, même quand ils étaient hostiles.
En 2024, Kraken a réglé un premier litige avec la SEC en payant 30 millions de dollars et en cessant ses services de staking aux États-Unis. Mais un second procès, lancé en novembre 2023, n’est toujours pas clos. Un juge fédéral a refusé de le classer, ce qui signifie que Kraken doit continuer à défendre son modèle devant les tribunaux. Pourtant, cette transparence - même douloureuse - a payé. Les investisseurs institutionnels, les fonds de pension et les entreprises qui veulent entrer dans le crypto sans risque juridique, choisissent Kraken. Pour eux, la régulation n’est pas un obstacle : c’est un filtre de qualité.
Coinbase : Le leader américain, mais pas le meilleur pour tout le monde
Coinbase reste la référence aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe pour les particuliers qui veulent acheter leur première crypto. Son interface est simple, ses frais d’entrée sont bas - souvent gratuits - et sa sécurité est l’une des meilleures du secteur. Mais pour les traders actifs, Coinbase devient une prison dorée. Ses frais de transaction sont plus élevés que ceux de Binance ou de Bybit, et sa plateforme est conçue pour les débutants, pas pour les algorithmes ou les traders de haute fréquence.
Le PDG de Coinbase, Brian Armstrong, a bien compris ce problème. En 2025, il développe une nouvelle interface professionnelle appelée “Coinbase Pro 2.0”, avec des ordres avancés, des API plus rapides et des tarifs dégressifs pour les gros volumes. Mais la concurrence est rude. Des plateformes comme Bitget ou OKX, moins connues en Occident mais très présentes en Asie, proposent des frais jusqu’à 70 % plus bas. Coinbase ne peut plus compter sur sa réputation seule. Il doit désormais prouver qu’il peut rivaliser en performance, pas seulement en légitimité.
La régulation change - et les PDG doivent s’adapter
Le plus grand changement de 2025 n’est pas technologique. C’est politique. Le départ de Gary Gensler à la SEC, remplacé par Paul Atkins en janvier 2025, a fait basculer l’atmosphère. Atkins, ancien commissaire de la CFTC, est connu pour être plus ouvert au crypto. Sous sa direction, les poursuites contre les échanges ne sont plus systématiques. Les juges commencent à poser des questions sur la légitimité des accusations de la SEC. Est-ce que le Bitcoin est vraiment une valeur mobilière ? Si non, alors toute l’action en justice contre Binance et Kraken pourrait s’effondrer.
En même temps, la CFTC - qui régule les marchés à terme - commence à se positionner comme un régulateur potentiel pour les crypto-actifs. La CFPB, elle, a repoussé l’application de ses règles aux crypto en 2024, mais pourrait revenir dessus cette année. Ce mélange de signaux crée une opportunité rare : la possibilité d’un cadre légal clair, plutôt qu’un chaos juridique. Les PDG qui ont investi dans la conformité - comme Kraken - sont maintenant récompensés. Ceux qui ont ignoré les régulateurs - comme Binance avant 2023 - doivent payer le prix fort.
La nouvelle carte du monde : Malaisie, Europe, et l’Asie du Sud-Est
La régulation n’est plus seulement une question américaine. En 2024, la Malaisie est devenue l’un des dix pays les plus accueillants pour les échanges de crypto. Le ministre des Technologies numériques, Gobind Singh Deo, a lancé trois initiatives clés : une zone de test réglementaire (sandbox), un projet de bond tokenisé avec le fonds souverain, et des lignes directrices pour la tokenisation des actions. L’objectif ? Faire de la Malaisie l’un des 20 principaux hubs mondiaux de startups d’ici 2030.
En Europe, la loi MiCA (Marchés des Actifs Crypto) est entrée en vigueur en 2024, obligeant tous les échanges à obtenir une licence pour opérer dans l’UE. Cela a éliminé des centaines de plateformes non conformes. Mais cela a aussi ouvert la porte à des acteurs sérieux. Des échanges comme Bitpanda et Bitstamp ont vu leur trafic augmenter de 40 % en 2025. En Asie du Sud-Est, Singapour et les Émirats Arabes Unis continuent d’attirer les talents et les capitaux grâce à des cadres transparents et des impôts avantageux.
Les trois critères pour choisir un échange en 2025
Vous ne choisissez plus un échange parce qu’il a le plus de devises. Vous le choisissez selon trois critères :
- Conformité réglementaire : A-t-il une licence dans votre pays ? Est-il sous surveillance d’une autorité reconnue ?
- Frais et fonctionnalités : Pour les débutants, les frais d’entrée gratuits comptent. Pour les traders, les frais de transaction et la vitesse des ordres sont décisifs.
- Transparence : Le PDG parle-t-il clairement des risques ? Publie-t-il des rapports d’audit ? Répond-il aux critiques publiques ?
Si vous êtes en France, au Canada ou en Australie, Kraken ou Coinbase sont des choix solides. Si vous êtes un trader actif et que vous ne vous souciez pas de la régulation locale, Binance ou Bybit peuvent être plus intéressants - mais avec un risque juridique plus élevé. Si vous êtes une entreprise ou un fonds d’investissement, privilégiez les plateformes avec des licences bancaires et des audits annuels.
Quel avenir pour les PDG de crypto en 2026 ?
Les PDG ne seront plus des visionnaires isolés. Ils devront être des chefs d’entreprise à part entière : gestion des risques, reporting financier, relations publiques, conformité internationale. Les jours où un fondateur pouvait lancer un échange dans son garage et devenir millionnaire sont révolus. En 2026, les seuls gagnants seront ceux qui ont appris à jouer selon les règles - sans sacrifier l’innovation.
Le marché ne se divise plus entre “crypto” et “traditionnel”. Il se divise entre ceux qui comprennent la loi et ceux qui l’ignorent. Et les PDG qui réussissent aujourd’hui ne sont pas ceux qui ont le plus de clients. Ceux qui ont le plus de confiance.
Quel est le meilleur échange de crypto en 2025 ?
Il n’y a pas de « meilleur » échange universel. Pour les particuliers en Europe ou aux États-Unis, Kraken et Coinbase offrent la meilleure combinaison de sécurité et de conformité. Pour les traders actifs, Binance propose des frais plus bas et plus de paires de trading, mais avec un risque juridique plus élevé. Le choix dépend de votre localisation, de votre niveau d’expérience et de vos objectifs.
Pourquoi Binance est-il toujours en procès avec la SEC ?
La SEC accuse Binance d’avoir opéré comme une bourse de valeurs non enregistrée, d’avoir caché des liens avec son fonds de trading et d’avoir transféré des fonds clients à des entités non régulées. Binance nie ces allégations, mais le procès continue car la SEC insiste sur le fait que le Bitcoin et d’autres crypto-actifs sont des valeurs mobilières. La décision finale pourrait redéfinir toute la régulation crypto aux États-Unis.
Kraken a-t-il encore des problèmes avec la SEC en 2025 ?
Oui. Bien qu’il ait réglé un premier litige en 2024 en payant 30 millions de dollars et en cessant le staking aux États-Unis, un deuxième procès est toujours en cours. La SEC affirme que Kraken a vendu des titres non enregistrés via ses services de staking. Un juge a refusé de le classer en 2024, ce qui signifie que le procès se poursuit. Kraken continue de se défendre en arguant que le staking n’est pas une vente de titres.
La régulation va-t-elle tuer l’innovation dans les crypto ?
Non, au contraire. La régulation claire élimine les acteurs malhonnêtes et permet aux entreprises sérieuses d’innover sans crainte. En Malaisie, en Europe et à Singapour, les échanges avec licences développent des produits nouveaux : obligations tokenisées, prêts garantis par crypto, fonds d’investissement réglementés. La régulation ne tue pas l’innovation - elle la canalise.
Puis-je utiliser un échange non régulé en France ?
Techniquement, oui - mais c’est risqué. Les échanges non régulés ne sont pas protégés par la loi française. Si l’échange fait faillite, vous ne pourrez pas récupérer vos fonds. En 2025, la France exige que tout échange opérant auprès de Français soit enregistré auprès de l’AMF. Les plateformes non enregistrées sont interdites de publicité et peuvent être bloquées par les FAI. Il est fortement recommandé d’utiliser uniquement des échanges agréés.