En Australie, les cryptomonnaies ne sont plus un terrain sauvage. Depuis 2018, le pays a commencé à encadrer les échanges entre crypto et monnaie fiduciaire. Mais en 2026, tout change. La nouvelle loi AML/CTF Amendment Act 2024, mise en application le 31 mars 2026, étend la surveillance à l’ensemble des services liés aux actifs numériques. Si vous gérez des portefeuilles, échangez des crypto contre crypto, émettez des tokens ou facilitez les transferts P2P, vous êtes désormais sous le contrôle d’AUSTRAC. Pas de licence, pas d’activité.
Qu’est-ce que AUSTRAC et pourquoi ça compte ?
AUSTRAC, le Centre australien de traitement et d’analyse des rapports financiers, n’est pas une agence bancaire. C’est l’équivalent australien de l’OFAC américain ou de l’ACPR en France. Son rôle ? Bloquer le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Avant 2024, il surveillait surtout les échanges crypto-euro ou crypto-dollar. Désormais, il couvre cinq services clés : les plateformes d’échange crypto-fiat, les échanges crypto-crypto, les transferts d’actifs numériques, la garde et l’administration de portefeuilles, et même la participation à des services financiers liés à l’émission de tokens. Même les fournisseurs de portefeuilles de stockage (custody wallets) doivent s’enregistrer. Et ça, c’est nouveau.
La définition des actifs numériques est précise : une représentation numérique de valeur qui peut être transférée, stockée ou échangée électroniquement. Les jetons de jeu comme ceux de Candy Crush ou les points fidélité FlyBuys ? Exclus. Seules les crypto qui ont une valeur marchande comptent. Cette précision évite les dérives, mais laisse des zones grises. Par exemple, les protocoles DeFi (finance décentralisée) n’ont toujours pas de règles claires. Personne ne sait comment appliquer la loi à un smart contract qui s’exécute sans intermédiaire.
Les 3 règles de base que tout acteur doit respecter
Si vous opérez en Australie, vous devez vous conformer à trois exigences majeures. La première, c’est l’enregistrement. Tous les fournisseurs de services doivent créer un compte sur le portail en ligne d’AUSTRAC et déposer une demande d’enregistrement. Le processus prend entre 6 et 9 mois en moyenne. La deuxième, c’est la mise en place d’un programme complet de lutte contre le blanchiment. Ça inclut : l’identification des clients (CDD), la surveillance continue des transactions, et la déclaration des activités suspectes. Pas de vérification ponctuelle à l’ouverture du compte : il faut surveiller tout au long de la relation client.
La troisième règle, la plus lourde : la Travel Rule. Toute transaction de plus de 1 000 AUD doit transporter les informations complètes de l’expéditeur et du bénéficiaire - nom, adresse, numéro d’identité. Cela s’applique aussi bien sur la blockchain qu’à travers un virement bancaire classique. En 2021, les États-Unis avaient déjà mis cette règle en place. L’Australie, elle, n’a attendu que 2026. Ce délai a créé des frustrations chez les entreprises. Beaucoup ont déjà investi dans des logiciels de traçabilité à des coûts de 185 000 AUD ou plus. Certains petits échangeurs ont dû fermer.
Les crypto ATMs : un succès contrôlé
L’Australie compte aujourd’hui 1 800 distributeurs de cryptomonnaies - le plus grand nombre en Asie-Pacifique. En 2019, il n’y en avait que 23. Ce boom a attiré les escrocs. En juillet 2025, une opération conjointe a identifié 90 victimes, principalement des personnes âgées. AUSTRAC a réagi en imposant des normes minimales pour les crypto ATMs : un dépôt de garantie de 50 000 AUD, un système de vérification d’identité obligatoire, et un suivi des transactions en temps réel. Les opérateurs trouvent ces règles claires, mais trop coûteuses. Au Texas, la garantie est de 25 000 USD. Ici, elle est en AUD, et non négociable. Certains ont arrêté d’installer de nouveaux distributeurs. D’autres ont retiré leur licence. L’un des trois plus grands fournisseurs a même cessé ses opérations après avoir vu sa demande de renouvellement refusée.
Qui est concerné ? Et qui échappe à la loi ?
Les entreprises concernées sont clairement listées : les échanges (crypto-fiat, crypto-crypto), les prestataires de portefeuilles de garde, les émetteurs de tokens, et les plateformes facilitant les transferts P2P. Les particuliers qui achètent et vendent des crypto pour leur compte personnel ? Pas concernés. Les développeurs de protocoles DeFi qui ne gèrent pas les fonds des utilisateurs ? Pas encore. Les fonds de pension ou les entreprises ASX 200 qui détiennent du Bitcoin ? Elles ne sont pas obligées de s’enregistrer - mais elles doivent signaler les mouvements importants à l’ACCC si elles sont considérées comme des institutions financières. La loi cible les intermédiaires, pas les utilisateurs finaux.
Le problème, c’est que 82 % des entreprises interrogées par l’Australian Digital Commerce Association soutiennent l’approche technologiquement neutre. Mais 74 % veulent des exemples concrets pour les DeFi. On ne peut pas appliquer la même règle à un échange centralisé et à un protocole qui s’exécute sur une blockchain sans personne à contacter. Les régulateurs l’admettent. Une révision du système de « sandbox » réglementaire (zone d’expérimentation) est en cours. Elle pourrait permettre à des startups d’essayer des modèles innovants sans être immédiatement sanctionnées.
Les coûts et les défis réels des entreprises
Les entreprises doivent investir dans trois choses : du logiciel de conformité, des experts en AML, et des systèmes d’analyse blockchain. Le coût moyen d’implémentation varie entre 120 000 et 350 000 AUD. Pour une petite société de 5 personnes, c’est énorme. Beaucoup ne peuvent pas payer. Les plus gros, comme Independent Reserve, ont réussi à se conformer dès le premier trimestre 2025. Résultat ? Une hausse de 22 % de leurs clients institutionnels. D’autres, comme CoinSpot, ont dû suspendre leur service P2P en août 2025 parce qu’ils ne pouvaient pas suivre les transactions en temps réel comme le demande la nouvelle loi.
Les défis techniques sont réels. 63 % des entreprises disent avoir des difficultés à intégrer les outils d’analyse blockchain avec leurs anciens systèmes. 81 % peinent à identifier les propriétaires bénéficiaires dans les structures décentralisées. Qui est le vrai propriétaire d’un portefeuille géré par un DAO ? AUSTRAC n’a pas encore répondu. La documentation du régulateur a progressé - elle a une note de 4,1/5 sur les avis - mais les entreprises veulent plus de cas concrets. Elles veulent savoir comment appliquer la règle à un swap entre deux tokens sur une plateforme non centralisée.
Le marché australien en chiffres
En 2025, le marché des services crypto en Australie a atteint 4,7 milliards d’AUD. 3,2 millions de personnes utilisent des cryptomonnaies - soit 12,7 % de la population. Mais seulement 47 % des échanges locaux sont entièrement conformes à AUSTRAC. Les trois leaders - Independent Reserve, CoinSpot et Swyftx - contrôlent 68 % du marché. Les entreprises de taille moyenne luttent pour survivre. Seules 12 entreprises du top 200 de la Bourse australienne détiennent des actifs crypto. La majorité des transactions (92 %) viennent de particuliers. KPMG prévoit que le marché atteindra 7,3 milliards d’AUD d’ici 2027… mais seulement si la réglementation devient claire d’ici décembre 2025.
Que se passe-t-il après le 31 mars 2026 ?
Le 31 mars 2026, c’est la date fatidique. Tous les services non enregistrés seront bloqués. AUSTRAC a déjà refusé des demandes, forcé des retraits volontaires, et suspendu des activités. Les entreprises qui n’ont pas encore commencé leur processus de conformité risquent de fermer. Mais ce n’est pas la fin. La loi de 2024 est un début. En 2026, le gouvernement publiera le cadre pour les stablecoins (monnaies numériques liées à l’AUD ou au USD) sous la nouvelle catégorie « Stored Value Facility ». Un nouveau système de sandbox sera testé. Et les discussions sur les DeFi commenceront enfin.
Le modèle australien est technologiquement neutre : il traite une transaction sur blockchain comme un virement bancaire. C’est une force. Mais il manque de souplesse. Singapour permet aux startups d’expérimenter. Les Émirats arabes unis offrent des licences rapides. L’Australie, elle, impose des normes strictes avec un délai de mise en œuvre de 18 à 24 mois après les États-Unis. Certains experts disent que le pays risque de perdre sa position de leader régional. D’autres pensent que la rigueur va attirer les investisseurs institutionnels. Ce qui est sûr, c’est que l’ère du « laissez-faire » est terminée.
Qui doit s’enregistrer auprès d’AUSTRAC pour les cryptomonnaies en Australie ?
Tous les fournisseurs de services liés aux actifs numériques doivent s’enregistrer : les échanges entre crypto et monnaie fiduciaire, les échanges crypto-crypto, les plateformes de transfert P2P, les fournisseurs de portefeuilles de garde (custody wallets), et les émetteurs de tokens. Les particuliers qui achètent ou vendent des crypto pour leur compte personnel ne sont pas concernés. Les protocoles DeFi sans intermédiaire ne sont pas encore réglementés, mais cela pourrait changer.
Qu’est-ce que la Travel Rule en Australie ?
La Travel Rule oblige tous les fournisseurs de services crypto à transmettre les informations complètes de l’expéditeur et du bénéficiaire pour toute transaction supérieure à 1 000 AUD. Cela inclut le nom, l’adresse et un numéro d’identité. Cette règle s’applique aussi bien sur la blockchain qu’à travers des virements bancaires ou SWIFT. Elle entre en vigueur le 31 mars 2026. Les entreprises doivent intégrer cette exigence dans leurs systèmes de suivi des transactions.
Quels sont les coûts d’implémentation d’un programme AML/CTF en Australie ?
Les coûts varient selon la taille de l’entreprise. Pour les petites plateformes, ils se situent entre 120 000 et 350 000 AUD. Cela couvre les logiciels de conformité, les analyses blockchain, les audits, et les formations des équipes. Certains échangeurs ont déjà dépensé jusqu’à 185 000 AUD pour un seul système de vérification des clients. Les grandes entreprises comme Independent Reserve ont pu absorber ces coûts et même attirer plus de clients institutionnels.
Pourquoi les crypto ATMs sont-ils plus réglementés en Australie qu’ailleurs ?
En 2025, une opération conjointe a identifié 90 victimes de fraude via des crypto ATMs, principalement des personnes âgées. En réponse, AUSTRAC a imposé des normes minimales : un dépôt de garantie de 50 000 AUD, une vérification d’identité obligatoire, et un suivi en temps réel des transactions. Ces exigences sont plus strictes que dans certains États américains comme le Texas (25 000 USD). Le but est de réduire les escroqueries, mais beaucoup d’opérateurs trouvent le coût prohibitif.
Que se passe-t-il si une entreprise ne se conforme pas à la loi d’ici mars 2026 ?
Les entreprises non enregistrées ou non conformes ne pourront plus opérer légalement en Australie. AUSTRAC a déjà refusé des demandes d’enregistrement, forcé des retraits volontaires, et suspendu des services. Les plateformes qui continuent à opérer sans licence risquent des amendes, des saisies d’actifs, et même des poursuites pénales. Les clients ne pourront plus effectuer de retraits ou d’échanges sur ces plateformes.